CSF Magazine N°84
La publication trimestrielle du Crédit Social des Fonctionnaires
Sommaire N°84
- Près d'un millier de participants à Nantes pour fêter les 55 ans du CSF
- Le dossier : École, la grande déprime
- Enseignement du français : Le goût des beaux textes
- Enseignement des sciences : On est passé d'un monde à un autre
- Enseignement privé : Près d'1 élève sur 5
- François Hollande : Une société qui croit en sa jeunesse
PrÈs d'un millier de participants À Nantes pour fÊter les 55 ans du CSF
Après le Zénith de Lille, pour ses 45 ans, le Palais des congrès de Reims , pour ses 50 ans, c'est la prestigieuse Cité des congrès de Nantes qui a été retenue pour célébrer les 55 ans de notre association.
La photo qui ouvre les pages associatives de notre magazine est tout un symbole : autour du président du CSF et de Chantal Lejaut, Directrice de notre Agence de Nantes, sont rassemblées nos équipes militantes et professionnelles de l'ensemble des départements rattachés à cette agence, qui ont assuré le succès de « ces trois folles journées nantaise»… !
Clou de la fête, avec Bernard Lavilliers
Le CSF avait bien fait les choses. L'apothéose, ce fut le concert privé de Bernard Lavilliers qui a rassemblé dans le grand amphithéâtre de la Cité des congrès près d'un millier de participants : Membres de nos instances nationales, militants départementaux, représentants de nos équipes professionnelles du siège et du réseau, partenaires et personnalités amies sans oublier bien sûr les centaines de correspondants de la région nantaise. Cette soirée exceptionnelle, qui a marqué les coeurs et les esprits, était principalement destinée à exprimer la gratitude de l'association à ces milliers de correspondants bénévoles qui contribuent au développement du Crédit Social des Fonctionnaires.
Vendredi, la soirée des retrouvailles… !
Pendant que tout au long d'un vendredi pluvieux et venteux, nos congressistes rejoignaient leur hôtel, nos administrateurs , les membres du Comité d'Ethique, du Haut-Conseil et de la Commission de contrôle, exemplaires comme il se doit, participaient au Conseil d'administration préparatoire à notre AG, une manière, pour le Président du CSF, de vérifier que tout était en ordre de marche. En fin d'après-midi, ce fut la partie ludique avec la découverte de la Galerie des machines, une initiative nantaise originale, célèbre dans le monde entier, haut lieu de l'imagination, de la poésie, du rêve et de la création artistique. Et le soir, retrouvailles autour d'un dîner chaleureux !
Notre Séminaire 2011 a tenu ses promesses
Succédant à un Séminaire 2010 très ambitieux, puisqu'il s'était donné pour objectif, « la recherche de l'excellence », l'édition 2011 a tenu ses promesses en adoptant cette fois un profil plus pragmatique. Un travail en commissions a permis d'aborder trois thèmes liés au développement de l'association : la possibilité pour nos correspondants de diffuser ses documents d'information au sein de leur communauté de travail, la conception et la réalisation d'un document d'information spécifique à destination des correspondants CSF, enfin, le développement d'un « espace membre » du site internet csf.fr, en direction de deux cibles bien identifiées, les adhérents puis les bénévoles. Conçu et animé par Olivier Lacroix et son compère habituel, le comédien Vincent Dumont, notre Séminaire a été d'un bout à l'autre, tonique, enlevé, se déroulant dans une ambiance très détendue grâce à la contribution des comédiens et une implication soutenue des participants.
>>Retour au sommaireÉCOLE, LA GRANDE DÉPRIME
Chiffres clés :
L'école aujourd'hui, c'est… 12,4
millions d'élèves, 850 000
enseignants, 18 % de jeunes sortant sans diplôme.
Avec 16.000 suppressions de postes en 2011 et 16.000 autres prévues en 2012,
l'Éducation nationale a des bleus à l'âme. Elle paie un lourd tribut à la réforme de
l'État et à la réduction d'effectifs dans la fonction publique. Au moment où les défi s
s'amoncellent, l'inquiétude gagne.
À la rentrée scolaire 2011, dans les collèges et les lycées, il a fallu faire preuve de beaucoup d'imagination. Accueillir tous les élèves, alors que beaucoup de postes de professeurs avaient disparu, relevait parfois de l'équilibrisme. Car c'est principalement dans le secondaire que se sont concentrées les réductions d'effectifs enseignants. Or, de 2008 à aujourd'hui, ce sont 56 700 postes qui auront été supprimés ! Les conséquences sont faciles à imaginer : classes surchargées, difficultés d'organisation des cours… et moral en berne pour les professeurs. Car ces restrictions interviennent dans un contexte déjà difficile. Le nombre d'enfants en grande difficulté scolaire n'a jamais été aussi élevé. La violence fait son entrée à l'école, illustrée par des faits divers inquiétants. Le nombre de jeunes sortant du système scolaire sans aucun diplôme contraste avec force avec les moyens mis en place par la nation. Alors où va l'École ? Comment fait-elle face à tous ces défis, comment va-t-elle répondre dans ce nouveau contexte à sa mission de toujours : garantir à tous les enfants l'égalité des chances et former des citoyens ?
Tout commence à la maternelle
Inouï, tout ce qu'un très jeune enfant apprend à la maternelle ! Non seulement la découverte de la sociabilité avec les petits camarades, les petites copines. Mais aussi toutes les règles élémentaires de la vie en commun : apprendre à parler, à écouter, à se tenir, à chanter. et déjà se préparer aux apprentissages de demain : le geste, l'écrit, le dessin qui ouvriront le chemin de l'écriture ; l'observation, l'attention qui ensuite faciliteront la lecture. Et pour des tout-petits dont les familles viennent d'arriver en France, qui ne parlent pas encore notre langue, c'est l'immédiate mise à niveau, gage de la possibilité de réussir plus tard. Alors quand un ministre se demande s'il est bien nécessaire de former des gens « pour changer les couches » en maternelle, c'est la consternation : la maternelle n'est pas une garderie ! C'est au contraire une belle réussite française, car notre pays a été à l'avant-garde pour la scolarisation des tout-petits. Mais allons-nous garder cette avance ? L'utilité indiscutable de la maternelle pour tous les enfants sera-t-elle remise en cause ? C'est un enjeu qui en vaut la peine.
L'école primaire sur le gril
À la rentrée 2011, les suppressions de postes ont conduit à la fermeture de 1500 classes élémentaires et primaires. C'est une première. Car ces décisions surviennent au moment où les effectifs, qui avaient baissé ou stagné, sont repartis cette fois à la hausse. D'où l'incompréhension des parents d'élèves, des syndicats d'enseignants. Au ministère on se défend : on indique que plus de la moitié des réductions d'effectifs concernent des enseignants qui n'ont pas la charge d'une classe : par exemple, des maîtres-remplaçants, ou des professeurs des écoles en rased (réseau d'aide spécialisée aux enfants en difficulté) ou encore professeurs itinérants de langue étrangère. mais, même dans ce cas, il n'est pas difficile de mesurer les conséquences sur la qualité de l'enseignement. On peut craindre l'hiver et les épidémies de grippe, où le remplacement des maîtres était déjà difficile… Les enseignants, confrontés aux difficultés de plus en plus lourdes des élèves, à la montée des tensions et des violences, aux obstacles de plus en plus nombreux à la transmission des savoirs, éprouvent le sentiment d'être abandonnés. Leur mission est ignorée quand elle n'est pas décriée par ceux qui auraient la charge de la promouvoir. La crise de confiance est ouverte. « A Tourcoing, dans l'une des écoles les plus défavorisées du département, on supprime un poste ! Cela n'a pas de sens » s'alarme un syndicaliste. « Une classe a été carrément supprimée dans une école de Seine Maritime qui avait pourtant les plus faibles évaluations de CM2. Cela veut tout simplement dire qu'on décide de les abandonner » s'écrie un président de Conseil de parents d'élèves.
Vaincre l'échec scolaire
La source principale de l'échec scolaire réside dans la maîtrise insuffisante de la lecture, de l'écriture, du calcul en primaire. Quand ces bases ne sont pas acquises, difficile de poursuivre des études. Or chaque année 300.000 élèves quittent le Cm2 avec des lacunes dans ces trois matières. près de 40 % d'une classe d'âge ! Une enquête internationale nommée pIsA (programme international pour le suivi des acquis des élèves), organisée par l'OCDE, évalue dans 56 pays différents les compétences acquises un peu plus tard, par les élèves ayant atteint l'âge de quinze ans. Les chiffres sont accablants : 21 % ne maîtrisent pas les compétences de base en français, 21 % ont d'importantes difficultés de lecture. Sur les trente pays de l'OCDE, la France se situe au 17ème rang pour la compréhension de l'écrit et au 19ème rang pour les sciences. L'école française, jadis réputée et efficace, est à présent derrière l'Islande, la Corée, ou la Nouvelle-Zélande… Et voilà comment on en arrive à une situation où 18 % de jeunes environ quittent l'école sans aucun diplôme.
Corriger les inégalités sociales ?
L'ambition de l'École est de surmonter les inégalités sociales. L'enfant, quel que soit son milieu d'origine, riche ou pauvre, cultivé ou ignorant, doit acquérir les savoirs qui permettront son émancipation sociale et sa liberté future. « Les lois prononcent l'égalité dans les droits, les institutions pour l'instruction publique peuvent seules rendre cette égalité réelle », écrivait déjà Condorcet, penseur de l'École républicaine dans son fameux Mémoire sur l'instruction publique. Deux siècles après, l'École peut se targuer d'une belle réussite : combien de prix Nobel, d'hommes d'État, d'écrivains, combien de femmes et d'hommes ayant réussi leur vie professionnelle vantent chaque jour ce qu'ils doivent à l'école républicaine ! Mais aujourd'hui, force est de constater que la machine patine : les enfants d'employés, d'ouvriers et d'inactifs sont en proportion bien plus nombreux parmi les élèves en retard pour l'entrée en sixième. Chez les élèves des couches sociales défavorisées, 18% seulement obtiennent le bac, contre 78 % pour les familles favorisées. Et le nombre de bacheliers, qui représentait 62 % d'une génération en 1995 n'a guère bougé aujourd'hui : 63 %.
Des moyens, des méthodes…
Comment en est-on arrivé là ? La France consacre-t-elle assez de moyens à l'éducation ? La Cour des Comptes, en 2010, s'est penchée sur la question. Et au terme d'une longue étude, elle révèle que le système éducatif absorbe 6,6 % du PIB, soit 129 milliards d'euros chaque année, ce qui nous place au onzième rang des pays étudiés (nous étions en 1995 au deuxième rang). L'effort global faiblit nettement. L'État en fournit 60 %, les collectivités territoriales 23,8 %, les familles 7,9 % et les entreprises 6,6 % (formation continue et taxe d'apprentissage). Seulement, la répartition n'échappe pas à la critique. Notre pays consacre au primaire 15 % de crédits de moins que les autres pays de l'OCDE. Le taux d'encadrement y est aussi l'un des plus bas… et les rémunérations des professeurs des écoles comptent parmi les plus faibles. Les méthodes d'enseignement font aussi débat : elles ne parviennent visiblement pas à corriger les inégalités sociales ou à surmonter les difficultés scolaires. Que faut-il changer alors ? Le débat est vif entre ceux qui incriminent le
« pédagogisme » des trente dernières années, inadapté aux élèves des milieux défavorisés, et ceux qui veulent poursuivre ce mouvement d'individualisation de l'enseignement, plaçant « l'enfant au centre de l'École ». En tout cas, l'addition des réformes ministérielles, plaquées sur une organisation scolaire inchangée ne produit pas de bons fruits. Il reste une ressource, immense et apparemment inépuisable : l'implication des enseignants, leur volonté farouche de réussir leur mission, leur capacité admirable à surnager à toutes les vagues à la mode. Peut-être parce que, eux, se trouvent directement en face de l'élève, et que ce tête à tête singulier est celui de toute civilisation : faire des enfants des hommes des citoyens instruits, faire naître l'esprit critique, transmettre des savoirs et ouvrir à l'enfant les chemins de la liberté.
Enseignement du franÇais : le goÛt des beaux textes
Entretien avec Romain Vignest, président de l'association des professeurs de lettres
Au moment de l'entrée en sixième, 40 % des élèves ont des difficultés en français. Faut-il incriminer l'apprentissage en primaire, la disgrâce de la grammaire ou de la dictée ?
On a pendant longtemps négligé l'enseignement de la grammaire, l'idée même de « leçon » était critiquée : certains jugeaient totalitaire l'idée d'imposer des leçons à l'élève ; l'exercice de la dictée, jugé « bête » était proscrit. On a aussi négligé la fréquentation de textes littéraires qui apprenaient aux élèves leur patrimoine, qui formaient leur propre écriture. Dans de telles conditions l'égalité des chances est mal partie, puisque les élèves issus de milieux culturels plus favorisés auront accès à l'écriture, la lecture, la culture, et les autres resteront enfermés dans des ghettos culturels. Les nouveaux programmes de primaires entrés en vigueur en Cp et Ce1 sont bons, mais ne sont pas convenablement appliqués.
Le français, c'est une langue, c'est aussi une culture. Est-ce que l'enseignement actuel donne envie de découvrir la littérature ?
Après 1995, on avait rejeté la littérature du collège ; on préférait étudier des interviews ou des textes techniques. On a considéré, par exemple dans le primaire, qu'il n'y avait pas de hiérarchie à faire entre les textes littéraires et non-littéraires, qu'une interview de Zidane valait bien un texte de Victor Hugo… Et quand on étudiait des textes littéraires, c'était de manière aride, technique, sans faire appel à la sensibilité, à l'intelligence, pour en découvrir le sens et la beauté. On a considéré que les textes n'étaient pas à la portée des élèves, ne pouvaient pas leur parler : c'était d'autant plus stupide que le propre de ces textes est d'être universels et les professeurs qui ont continué de les présenter aux élèves savent que ce sont ces textes-là qui touchent les élèves.
Dans une société utilitariste comme la nôtre, le rôle des langues anciennes est minoré. Que diriez-vous pour les défendre ?
Elles sont utiles indirectement : elles facilitent une meilleure maîtrise de la langue française, elles sont une école de rigueur intellectuelle, permettant de mieux comprendre le monde actuel, la culture française et européenne. Et quoi qu'il en soit, nous avons pour première mission de former des personnes ! De former des citoyens, de former leur sensibilité, leur intelligence. Les langues anciennes sont essentielles pour cette émancipation des esprits.
Quelles sont les priorités pour améliorer l'enseignement du français ?
Les programmes, pour le primaire et le collège, il ne s'agit pas de les modifier, mais de les appliquer ! Et il serait nécessaire d'en venir à un enseignement plus méthodique : des cours de grammaire, d'orthographe, de littérature, de rédaction, séparés. Actuellement tout est mélangé dans ce qu'on appelle « une séquence », ce qui empêche l'élève de s'y reconnaitre et d'ordonner ses savoirs. En ce qui concerne la littérature, au lycée, une approche plus chronologique des oeuvres est aussi indispensable.
>>Retour au sommaireEnseignement des sciences : on est passÉ d'un monde À un autre
Entretien avec le pr. Dominique Lecourt
Les filières scientifiques paraissent boudées par les étudiants. L'enseignement primaire et secondaire en sont-ils responsables ?
C'est un problème international. Dans tous les pays développés, on constate une désaffection des élèves pour les filières scientifiques. Comment l'expliquer ? Il faut regarder vers où se dirigent ces jeunes qui fuient les sciences : ils ne vont pas vers les lettres, mais vers le droit et la gestion, à côté des écoles d'ingénieurs. C'est bien une question d'emploi qui est en cause. Ils pensent à tort ou à raison que, dans les fi lières de droit et d'ingénierie, ils auront le plus de chance de trouver des emplois. À cela il faut ajouter que le métier de chercheur, qui était hier un idéal, l'est beaucoup moins aujourd'hui à cause des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur de la durée des études.
Que pensez-vous de la manière dont sont enseignées les sciences dans le second degré ?
On constate depuis quarante ans que les mathématiques représentent l'instrument de sélection le plus implacable ; pour jouer ce rôle de sélection, on privilégie un apprentissage mécanique de résultats, qui ne sollicite pour l'essentiel que la mémoire. Ce qui amène paradoxalement les étudiants à confondre science et technologie, via l'informatique. L'idée de recherche, en mathématiques, est pratiquement absente de la représentation qu'on s'en fait ! Les mathématiques se réduisent trop souvent à l'informatique ; il s'agit d'apprendre à s'en servir ; l'apprentissage du résultat est au centre de l'enseignement. Cette conception générale de la science touche aussi bien la physique que la chimie, et même la biologie. On apprend les manipulations, mais pratiquement jamais la conceptualisation, la problématisation, les obstacles épistémologiques qu'il faut surmonter pour parvenir au savoir. Les sciences dans leur ensemble apparaissent comme un domaine extraterritorial par rapport aux autres formes de la pensée et de la culture.
Certains proposent de passer de la méthode déductive traditionnelle à une pratique fondée sur le questionnement. Le projet « La main à la pâte » de Georges Charpak paraît inspiré par ce souci ?
La soi-disant méthode « déductive » ne l'est pas du tout : quand on enseigne un problème on a déjà une solution ! Or la recherche consiste précisément à poser des questions sans savoir s'il y a une solution. « La main à la pâte » a fait beaucoup de bien, l'expérience a secoué le dogmatisme de cet enseignement dit déductif – c'est en réalité un enseignement de résultats. Cela ne va pas assez loin : il faut toujours montrer l'arrière-fond historique qui se trouve derrière le moindre geste expérimental, la plus modeste équation. Un geste, une manipulation au cours d'un enseignement dans les classes, c'est l'héritier de toute une façon de penser ! La vision historique des sciences est indispensable.
L'Académie des sciences s'inquiète du manque de formation continue des professeurs de sciences
Oui, c'est ahurissant. On s'en remet à la bonne volonté scientifi que des enseignants : mais quand on connaît leurs conditions de travail, leurs contraintes, c'est quand même beaucoup leur demander. Il faudrait organiser une formation continue tout au long de la vie d'enseignant. entre la science d'il y a quarante ans et celle d'aujourd'hui, par exemple en biologie, on est passé d'un monde à un autre. La formation continue devrait être obligatoire, permanente, pour les enseignants des sciences. L'essentiel, qui ne doit jamais être perdu de vue, c'est l'esprit de recherche, la science comme aventure humaine dans son histoire constamment renouvelée.
>>Retour au sommaireEnseignement privÉ : prÈs d'1 ÉlÈve sur 5
L'enseignement privé assure la scolarisation d'un grand nombre de jeunes. Son importance varie beaucoup suivant les régions : de 40 % en Bretagne à 5% en Corse… C'est le fruit de l'histoire, car au sein de l'enseignement privé, l'école religieuse occupe une part prépondérante. 95% des établissements relèvent de l'enseignement catholique. Ces établissements privés sont le plus souvent « sous contrat d'association avec l'État ». C'est-à-dire que les enseignants sont rémunérés par l'État et doivent justifier des mêmes diplômes que leurs collègues du public. Ils sont touchés de la même manière par les réductions d'effectifs. Les programmes sont également les programmes nationaux. Les professeurs sont des contractuels de droit public : 141 700 enseignants dans les écoles privées sont ainsi rémunérés par l'État. Mais les établissements peuvent définir un projet pédagogique propre et faire place, par exemple, à des enseignements religieux. Il existe également des établissements privés « sous contrat simple » : les professeurs sont alors salariés de droit privé, mais leur rémunération est prise en charge par l'État. Il peut exister enfin des établissements hors contrat.
Privé–public : l'équilibre après la discorde
Longtemps la question de l'enseignement privé a été au coeur d'une grande discorde nationale. D'un côté, ceux qui voulaient que l'argent public aille à l'école publique et à elle seule ; de l'autre, ceux qui voulaient que chaque enfant, quelle que soit l'école choisie par ses parents, bénéfice d'un même soutien. Aujourd'hui l'enseignement privé assure une mission d'intérêt général avec ses 5 300 écoles et ses 3 500 collèges et lycées, et s'efforce d'accueillir les enfants sans distinction d'origine et de religion notamment, les cours religieux n'étant pas obligatoires. Les parents acceptent de payer des frais de scolarité variant suivant les établissements. Il serait abusif de dire que la querelle historique public-privé s'est éteinte, et tout gouvernement sait à quel point l'équilibre atteint aujourd'hui est à la fois précieux et fragile. Mais les âpres polémiques d'hier se sont éteintes.
Une participation indispensable
L'enseignement privé joue actuellement un rôle absolument indéniable. Il est donc sage de considérer qu'il participe à la mission générale d'enseignement des enfants. Les crédits que l'État y consacre représentent 11,6 % des budgets destinés à l'enseignement. Et, dans la réalité, la frontière n'est pas étanche : entre le CM2 et la fin des études secondaires, près de 40 % des élèves ont passé au moins une année dans l'enseignement privé. Souvent, le projet d'établissement entraîne une plus grande motivation des enseignants, la taille plus réduite des écoles aide aussi à créer un climat de travail satisfaisant. Mais attention : il serait vain d'espérer qu'un mauvais élève dans le public devienne bon dans le privé ! Et le fait de payer cher une scolarité dans un établissement chic n'est pas non plus une assurance de réussite scolaire de l'enfant. Rien ne remplace l'effort de l'élève. Et tous les enseignants, du public ou du privé, le savent bien.
>>Retour au sommaireFranÇois Hollande : une sociÉtÉ qui croit en sa jeunesse
François Hollande, candidat à l'élection présidentielle, a publié récemment un « Pacte éducatif » très remarqué. CSF Magazine l'a donc interrogé sur l'avenir de l'École.
Depuis plusieurs années, les effectifs d'enseignants connaissent une réduction sensible. Comment est-il possible de mettre un terme à cette dégradation des conditions d'enseignement ?
François Hollande : Le gouvernement n'a eu cesse de dénigrer l'école, et d'en diminuer les moyens. 65 400 postes dans l'Éducation nationale ont été supprimés en 5 ans, dont 16 000 pour la prochaine rentrée, alors que dans le même temps le cadeau fiscal au secteur de la restauration coûte aux finances publiques huit fois le gain annuel du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Les postes précaires de vacataires et de contractuels se multiplient et les chefs d'établissement sont désormais incités à recourir à pôle emploi pour pallier le manque de postes. Une société responsable ne peut laisser un gouvernement détricoter son système éducatif. Il est urgent d'arrêter ce gâchis. Les moyens de l'école sont importants. Ils peuvent sûrement être mieux alloués. L'école de nos enfants mérite mieux qu'une simple logique comptable. Arrêtons les coupes systématiques. Le premier défi, c'est de rendre l'école plus juste et plus efficace dans la transmission des savoirs. L'école doit constituer le fleuron d'une société qui croit en sa jeunesse. Pour cela, je m'engage à ce qu'il n'y ait plus une seule suppression de poste d'enseignant.
L'égalité d'accès à l'école maternelle est une garantie pour l'égalité ultérieure des chances. De quelle manière peut-on l'assurer mieux dans notre pays ?
F. H. : L'école maternelle est une étape essentielle, toutes les études le montrent. La lutte contre l'échec scolaire suppose une préscolarisation permettant de renforcer l'acquisition du langage. L'école de la langue demeure la clef de la réussite. Et cela, dès le plus jeune âge, à la crèche, à l'école maternelle, moments déterminants pour l'acquisition de la lecture. Ce qui faisait jusqu'alors la force de la France, c'était son école maternelle. Dans les années 1980 et 1990, le taux de scolarisation des enfants de deux ans était de 35 %. Aujourd'hui, il n'est plus que de 21 %, avec de fortes inégalités. C'est pourquoi je souhaite que la scolarisation soit obligatoire dès 3 ans et qu'elle soit possible avant cet âge pour tous les parents qui en font la demande.
La principale source d'échec scolaire tient dans l'insuffi sante acquisition des savoirs fondamentaux en primaire. Comment faire en sorte que tous les élèves sortant du primaire maîtrisent vraiment la lecture, l'écriture et le calcul ?
F. H. : Réhabiliter la pédagogie différenciée, l'aide individualisée. Concentrer les efforts et les moyens sur les élèves en difficulté qui doivent faire l'objet d'encore plus d'attention. Je crois que tous les élèves peuvent réussir à acquérir les savoirs fondamentaux en lecture, en écriture et en calcul. Dans d'autres systèmes scolaires, ils y parviennent. Les heures passées par les enseignants à corriger des évaluations souvent inutilisables ne pourraient-elles pas être mises à profit pour mettre en oeuvre des projets pédagogiques permettant de venir en aide aux élèves en difficulté et de lutter contre l'échec scolaire ? Ce serait beaucoup plus efficace que de se contenter de stigmatiser l'échec scolaire voire d'en faire l'apanage, dans un mensonge scandaleux, des seuls élèves issus de l'immigration. Les statistiques le montrent, les élèves issus de l'immigration sont au contraire la preuve vivante que notre système scolaire demeure le lieu de la reconnaissance du mérite. Et les valeurs de notre République, si elles ont déserté les discours du gouvernement, sont bien présentes à l'école.
À l'université, deux constats préoccupants sont établis : les enfants des milieux populaires sont sous-représentés, et le taux d'échec en premier cycle est très important. Peut-on arrêter ce gâchis ?
F. H. : Pour démocratiser l'université, je crois au développement des licences professionnelles qui répondent aux besoins des étudiants comme des employeurs, notamment pour les étudiants issus des filières technologiques et professionnelles, qui sont plus souvent les enfants des classes populaires. La lutte contre l'échec en premier cycle appelle également plus d'efforts de tous. Elle nécessite une réflexion pédagogique, qui doit être prise en compte, comme les tâches administratives, dans le temps de travail des enseignants-chercheurs et donner lieu à un intéressement quand un département, par des actions coordonnées, réussit à faire baisser le taux d'échec. Mais cela suppose également un renouveau plus profond de l'université. L'université doit concilier deux missions : la formation de masse d'un côté, et l'excellence scientifique et la recherche, de l'autre. Dans les deux cas, les enjeux sont importants et l'université est à la peine : les cursus universitaires affichent un taux d'échec inadmissible, et la sélection oriente beaucoup des meilleurs élèves vers les grandes écoles plutôt que vers la recherche universitaire. En sens inverse, les grandes écoles proposent, à des prix exorbitants, des formations qui préparent à l'emploi dont auraient bien besoin les étudiants issus des classes populaires. Le rapprochement entre universités et grandes écoles sera donc l'occasion de développer des formations communes qui permettront de mettre enfin à portée du plus grand nombre les moyens et les savoir-faire des grandes écoles. Je propose la mise en place de formations professionnalisantes mutualisées associant une université et une grande école, avec des places réservées aux étudiants issus des filières technologiques et professionnelles. L'université pourra également gagner au rapprochement en ouvrant les écoles doctorales au vivier des élèves issus des grandes écoles.
Est-ce que notre société consacre suffisamment d'efforts à la formation de sa jeunesse, et à la préparation de l'avenir ? Est-ce que l'École prend suffisamment en charge sa mission de formation du citoyen ?
F. H. : Le président de la République est aujourd'hui le premier détracteur de l'école publique laïque. Chacun se souvient de son discours de Latran, de cette attaque en règle de la laïcité, et de la paupérisation du corps enseignant, qu'il organise et assume. Il prétend s'attaquer, s'il est élu, au collège unique. Ce travail de sape systématique, de diminution des moyens, de remise en cause des valeurs. Il constitue aussi une remise en cause inédite des conditions d'ascension sociale, d'accomplissement de soi. Nous devons bien sûr doter les élèves des comportements communs attendus des citoyens d'une démocratie. Le premier de ces comportements est l'absence de recours à la violence : tenter de convaincre, d'expliquer, de trouver des solutions communes plutôt que de basculer dans le règlement de compte. L'école se trouve au coeur de cette éducation-là. Mais nous devons également préparer chaque enfant, au terme de son parcours scolaire, universitaire, à l'exercice d'un métier, au déroulement d'une carrière. L'école dote les salariés de demain des compétences qui leur seront nécessaires. En pleine mondialisation, la seule manière d'être compétitif réside dans le savoir-faire, l'intelligence, et le niveau de qualification. Je suis d'accord avec vous : l'éducation n'est pas une dépense, c'est un investissement. C'est pour cela qu'à l'heure des choix, dans la situation budgétaire difficile qui est celle de notre pays, je l'ai dit et je le redis, je ferai celui de la jeunesse, je ferai celui de l'école.
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